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15.02.2010

Dialogue de sourds

panorama-cote-d-ivoire-1071386469-1156158.jpgCaciques contre caciques, les attaques et défenses n'en finissent plus depuis que Laurent Gbagbo a d'une dissolution fait deux coups. Pour certains, il s'agit d'un coup (d'Etat) violant notre Constitution et menaçant les accords de Ouagadougou. Pour d'autres, ce coup (d'Eclat) confirme la maestria d'un fin politique qui souhaite épurer quelques institutions pour (re?)dynamiser ce même processus de paix.

Une chose semble donc acquise, tous semblent vouloir sauver le processus de paix et ne semblent souhaiter que ce qu'il y a de meilleur pour la Nation. Souffrez que j'en doute. Les déclarations subversives du RHDP dénote du manque de sagesse politique et de l'honneté intellectuelle de son secrétariat général. Coupable direct ou non, Monsieur Mambé devait raisonnablement assumer la responsabilité des fautes commises par ses collaborateurs de la Commission Électorale Indépendante et naturellement démissionner; simple affaire d'honneur. L'appel à la désobéissance et à une forme voilée de résistance apparaît comme un manque patent de conscience républicaine et d'imagination.

De son côté, le pouvoir n'a pas non plus fait dans la dentelle en annonçant assez grossièrement les deux dissolutions, confirmant le prélude préparatif révélé par la disposition ça et là de chars d'assaut dans Abidjan, la semaine de l'annonce. Ajoutons à cela l'argumentaire a peine développé par le Président, vendredi lors de sa déclareation, qui nous laisse définitivement sceptiques.

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Il ne reste que Monsieur Soro, exhaussé par sa reconduction à la tête du gouvernement, et un peu pris entre les deux feux d'un pancrace sommital qui ne fait qu'atténuer la lumière au bout du tunnel ivoirien. En soit, la mise en place d'une équipe réduite de ministres est une bonne chose si elle accentue et fortifie l'action gouvernementale pour résoudre les problèmes "secondaires" de notre pays (je prends pour exemple ce grand corps malade qu'est notre secteur énergétique) en attendant le scrutin présidentiel. Un tel gouvernement, nous l'aurions souhaité il y a deux ans. Le faire intervenir seulement maintenant laisse présager d'un délai supplémentaire, et hélas conséquent, dans l'organisation des élections en Côte d'Ivoire. Ce qui nous laisse nous interroger sur l'opportunité de cette double dissolution. L'une s'imposait somme toute, l'autre semble être une accompagnatrice, heureuse ou malheureuse selon le point de vue.

07.02.2010

Elections!!

Élections!
COTE-D_IVOIRE.gif
Enfin nous allons aux élections! Enfin, toutes les conditions sont réunies pour élire notre nouveau président: les rebelles ont déposé (et rendu) les armes! les candidatures sont validées! les listes électorales sont constituées, vérifiées et acceptées de tous! Enfin la date définitive des élections a été fixée. Elles auront lieu après demain.

Leur report sera annoncé demain...

Car les rêves ne deviennent plus réalité dans notre pays. La crise politico-militaire de 2004/2005 a fait place à une maladie chronique des institutions et les procédures prévues par notre Constitution tutoient l'imaginaire démocratique. La Côte d'Ivoire s'est perdue, comme un boomerang qui ne revient pas, comme un élève qui répond "je ne sais pas". La confiance n'est plus. Elle est remplacée par une ironie; cette ironie d'aujourd'hui qui se transformera en désespoir de demain.

Nous sommes en 2010 et nous ne sommes pas capables d'organiser des élections. Bienvenus en Côte d'Ivoire. Mais je rectifie: nous ne VOULONS PAS organiser des élections. Les hommes politiques, le gouvernement, certaines institutions... à croire que la décision des urnes fait peur. Il est bien vrai qu'elle risque d'être pour certains synonyme d'un confort perdu, d'une situation moins aisée, d'une autorité moins assise, d'un pouvoir retombant dans l'inexistence. Car pour que ces préparatifs déchaînent tant les passions, il faut bien qu'ils revêtent d'un intérêt bien plus personnel que le "simple" désir de servir le peuple ivoirien. Les théories de conspirations fusent ça et là; au sein des partis, l'ambiance est à la délation et aux retournements de vestes. Comme un gang qui doit choisir son nouveau chef.

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Le tout étant couronné par les lenteurs prises dans l'organisation du suffrage. Nous nous sommes pourtant offerts "les services de luxe", excusez du peu, d'un partenaire technique étranger. Son expérience, jadis vantée et mise en avant, a été oubliée depuis. Pourtant n'oublions pas les sommes astronomiques versées à SAGEM. Il y a presque deux ans, nous en parlions [voir le Diapason Conditionnel].

Pourtant, ce retard n'est pas celui qui m'effraie le plus. Après tant d'années d'attente, quelle sera l'acceptation du résultat? Les électeurs auront-ils la sagesse de se plier à la vérité du scrutin? L'avenir nous le dira; mais une chose est certaine, les émotions seront garanties. Pour le meilleur comme pour le pire.

12.04.2009

Vous avez dit PPTE ?

Les dernières semaines ont vu l'actualité ivoirienne graviter de manière soutenue autour de l'initiative PPTE, à laquelle notre chère Côte d'Ivoire a été admise. Devons-nous accueillir cette nouvelle comme un cadeau ou plutôt comme un fardeau supplémentaire qui ne résoud rien aux maux ivoiriens. Nous nous sommes informés sur l'initiative PPTE et vous proposons dans un premier billet de présenter les fondamentaux de ce programme à double tranchant.

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Dans les années 80, devant le tableau alarmant d'un nombre important de pays se retrouvant dans d'insoutenables situations du fait du service de la dette, cette dernière est reconnue comme problème structurel. On va alors assister à un certain nombre d'allègements et re-évaluations des paiements , pour la plupart sans effets. En 1996, face aux proportions prises par cette crise de la dette, les pays riches, réunis au sommet du G7 à Lyon, mettent en place un nouveau système d'allègement: l'initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).


N'est pas PPTE qui veut! Les pays susceptibles d’y prétendre doivent, selon le FMI, « avoir un degré d’endettement intolérable » et « établir des antécédents positifs dans la mise en œuvre de réformes et de bonnes politiques économiques au moyen de programmes appuyés par le FMI et la Banque mondiale ».
Vous avez dit FMI et Banque Mondiale? Ces chers amis de l'Afrique. Le dossier d'intégration du régime des PPTE s'appuie en outre sur le DSRP (Document de Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté) qui doit préciser de manière exhaustive la planification des privatisations, les mesures de dérégulation économique et comment les ressources dégagées de cette politique serviront à rembourser la dette (oui, vous lisez bien), enfin comment les fonds dégagés du fait de l'allègement serviront à lutter contre la pauvreté. Il s'agit donc bien d'aider les pays pauvres à rembourser leurs dettes...

A l'issue d'une période d'environ trois ans, un premier bilan est effectué par la BM et le FMI afin de s'assurer que la politique telle qu'envisagée par le pays "candidat" est suffisante pour lui permettre de rembourser sa dette. Une "insoutenabilité" de la dette est alors déterminée, et correspond grossièrement au rapport entra la valeur actuelle de sa dette et le montant annuel des ses exportations. Lorsque le ratio est supérieur à 1510%, la dette est estimée insoutenable (stricto sensu, la Côte d'Ivoire ne pourrait pas intégrer le régime PPTE; mais un critère supplémentaire qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer ici, à permis aux ivoiriens d'avoir droit à l'initiative PPTE).
Dans ce cas, le pays est amissible à l'initiativa PPTE et commence à jouir des premières gentillesses du FMI, avec quelques allègements intermédiaires.

Il est alors nécessaire de soumettre un DRSP définitif, tout en appliquant de manière satisfaisante les réformes fondamentales agréées par le FMI. Ces réformes portaient dans les années 80 et 90 le doux et célèbre nom d'ajustement structurel...

Enfin arrive le terme (dit point d'achèvement). Le pays se voit alors accorder l'annulation du stock de sa dette bilatérale. Quant à la dette multilatérale, son poids est allégé, sans annulation véritable, afin de permettre au pays de revenir à un niveau d'endettement soutenable, selon le critère évoqué plus haut. Le "manque à gagner" pour le FMI et la Banque Mondiale est compensé par les bénéfices perçus par le fonds fiduciaire PPTE, que les pays riches sont invités à alimenter. Que l'on ne s'y trompe pas: il n'y a aucune annulation de la dette, mais une "diversification des sources de remboursement".

Le programme PPTE concerne une quarantaine de pays, dont les trois quarts sont situés en Afrique subsaharienne. Le décor est planté. La seconde partie de cette note tentera d'en révéler l'envers.