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11.02.2008

Le CFA et les comptes d'opérations

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De tous les traités, accords, conventions ou contrats existant entre la France et ses anciennes colonies, il en est un que je souhaiterais vous exposer aujourd'hui. Pendant longtemps caché derrières des relations qui ne « prennent pas leur temps », dissimulé par un silence imposé et accepté, la Côte d'Ivoire et d'autres nations amies subissent depuis une trentaine d'années le joug d'une servitude financière qui, à l'aune d'une Afrique qui ne veut plus tout accorder, est de plus en plus contestée. Je nomme les comptes d'opérations et le franc CFA.

Les principes de coopération monétaire entre le France et les pays de la zone CFA ont été énoncés dans l'accord de coopération entre la république française et les pays membres de l'Union monétaire Ouest Africaine à la fin de l'anné 1973. Cette accord prévoit, comme le définit elle même la Banque de France:

La convertibilité garantie par le Trésor français: pour résumer, toute personne détentrice du franc CFA doit être en mesure de l'échanger librement contre d'autres devises.
La fixité des parités: Les monnaies de la Zone CFA sont convertibles entre elles, à des parités fixes, sans limitations.
La libre transférabilité: transferts libres à l'intérieur de la zone CFA (transactions courantes ou mouvements de capitaux).

Pour l'instant, rien de particulièrement dérangeant. Là où tout commence à changer c'est avec le quatrième et dernier principe fort de cet accord.

La centralisation des réserves de change: en contre partie de la convertibilité illimitée garantie par la France, les banques centrales africaines s'engagent à déposer au moins 65% de leurs réserves de change auprès du Trésor français, sur des comptes portant le doux nom de de « Comptes d'opérations ».

Imaginez-vous! 65% des avoirs extérieurs de nos pays déposés chaque année dans un compte logé à l'étranger... Notons que le pourcentage initial était de 100%, il a été revu à la baisse...les 35% restant étant prévus pour le remboursement de la dette.
A la fin des années 80, alors que le cours des matières premières connait sa « descente aux enfers », la zone CFA continue à verser avec discipline 65% de ses avoirs au Trésor français. Résultat: les africains s'appauvrissent et demandent de l'aide. Une aide que leur prête volontiers la France qui puise dans...les comptes d'opérations. Le comble de l'Afrique mendiante et riche en milliards.

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L'accord prévoit en outre que la France peut décider un ajustement de la valeur du franc, lorsque les avoirs extérieurs ne suffisent pas à alimenter les comptes d'opérations. C'est ce que nous, jeune génération, avons connu dans les années 90, sous le fameux nom de « dévaluation ». Du simple au double: 1 franc qui valait 50 francs en valait désormais 100. Rappelez vous le début de cette note, nous parlions de « coopération monétaire ». Belle forme de coopération. La France achète pour deux fois moins cher, la Côte d'Ivoire elle doit s'arranger pour exporter deux fois plus pour garantir le même chiffre d'affaire. N'oublions pas que les salaires eux n'ont pas doublé en 1994, avec pour conséquence une chute du pouvoir d'achat.

Une autre effet pervers de cette monnaie est que le franc CFA n'a pas autant de valeur en réalité. Il est surévalué, notamment par rapport aux autres devises d'Afrique. Dès lors -et nous assistons à une situation similaire aujourd'hui avec la zone Euro, après la chute du dollar- nos produits sont peu compétitifs (entendez trop coûteux) pour ces pays. Nous n'exportons donc rien en Afrique! Notre principal marché est l'Europe. Belle coopération en effet...

Nous pourrions passer des heures à mettre en cause la nature des comptes d'opérations et à critiquer les mécanismes de spoliation cacique mais « légale » d'une Afrique qui porte encore les cyniques falbalas d'un accord signant d'entrée de jeu son asservissement financier. Nous ne pouvons pas construire d'écoles, d'autoroutes, d'hôpitaux, mais nous pouvons déposer 65% d'un argent gagné à la sueur de notre front dans un compte de la rue Croix des petits Champs, dans le 1er arrondissement de Paris.

Pour combien de temps encore? C'est à nous de faire le choix. Evidemment nous courrons le risque d'une monnaie moins stable, mais forts de cette liberté nous saurons faire face à l'épreuve. La contrainte est créatrice.



Sources:
Banque de France: Notice explicative n°106
Wikipedia: Le franc CFA
Mécanismes monétaires de la Zone Franc CFA

Commentaires

Félicitations, Poukoi. Tu blogues bien. Mais trop peu, peut-être. Je t'encourage à continuer.
A propos du sujet, on n'aura jamais fini de l'évoquer. C'est de la folie.

Ecrit par : Théo | 12.02.2008

Poukoi, excuse mon ignorance. Mais si nos pays de l'UEMOA ont tant de sous auprès du tresor français, pourquoi nous croupissons dans cette misère abjecte. Car on ne peut pas avoir un compte aussi fourni et mourir de faim et même d'un petit palu. C'est une combinaison de fou. C'est dans cet état seul qu'on ignore ce qu'on est et ce qu'on a. Reveillons-nous et reclamons à la france nos sous. Qu'elle nous livre le relevé bancaire de nos comptes d'opération. Qu'on fasse un jour l'état des lieux; avec les interêts générés. Je suis scandalisé par le silence autour de ses comptes d'opération. Ou bien nos dirigeants perçoivent des ristournes sur ces comptes de la part de la France pour prix de leur silence. Une vraie justification de cette omerta? Et nos économistes émerites? Que disent-ils? Qu'on nous dise que les fonds versés sur les comptes d'opération sont des fonds perdus pour nos Etats. Si c'est le cas; il faut très rapidement mettre fin à cette folie. Mais comment la "grande France, pays des droits de l'homme" peut-elle par un artifice juridique s'arroger le fruit du travail d'autres peuples? C'est tout simplement indecent. France, tes accords "de partenariats économiques" avec les pays de la zone franc sont esclavagistes.

Ecrit par : Amos | 12.02.2008

merci pour ces explications claires et précises. je sais enfin les tenants et aboutissants de cette affaire.

Ecrit par : amazoulé | 12.02.2008

Bravo et merci à toi, poukoi, qui nous éclaires si bien! Tes lignes me font penser au livre de révolte de l'économiste ivoirien Nicholas Agbohou " Le franc CFA et l'Euro contre l'Afrique" (éditons SOLIDARITE MONDIALE AS). Livre édité depuis 1999 et vendu en librairie à Abidjan depuis seulement peu de temps, me semble-t-il. Or donc le F CFA et l'Euro constituent en réalité le couple infernal pour l'Afrique noire francophone!!
Les dirigeants africains francophones se succèdent et se ressemblent par le respect religieux d'une sorte de loi du silence; mais les temps changent et les jeunesses africaines qui se succèdent ne se ressemblent pas. Aujourd'hui ou bientôt tous sauront que la spoliation du continent noir par la France continue et qu'il y a des comptes à demander. Oui, il y aura au moins le relevé du compte bancaire à imprimer, à présenter, et à justifier par la France, notre bienfaitrice commune. Le plus tôt sera le mieux pour tout le monde.

Ecrit par : sophocles | 12.02.2008