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16.03.2008

Le diapason conditionnel ivoirien

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Le petit Stéphane, français, explique à Boni son ami ivoirien le sens de l'expression " le jour de la Saint Glinglin ":
« Boni, c'est un jour qui n'existe pas. C'est comme quand on dit le jour où les poulets auront des dents. »
A quoi Boni répond, le sourire aux lèvres:
« Ah je vois! Nous ivoiriens avons une expression équivalente: le jour des élections! ».

Décidément, le diapason politique ivoirien ne donne pas le « La ». Il ne cesse de sonner en « Si ». Si par ci, Si par là, le concert des conditions non réunies est devenu une symphonie digne des apocalyptiques tableaux musicaux de Wagner. A tel point que les conditions elles-mêmes se sont effacées devant le désastreux constat d'une politique qui marche à reculons. Les raisons du retard accusé dans l'organisation des élections présidentielles insultent chaque jour un peu plus l'intelligence du peuple ivoirien. Mais profitent également aux « routiniers » de la République, qui voient dans cette échéance la possible fin d'une existence dorlotée par la crise.

La Banque Mondiale, la Banque Africaine de Développement, le Fond Monétaire International, l'Union Européenne et les Nations Unies ont récemment mis à la disposition de la Côte d'Ivoire 100 milliards de francs CFA pour financer le processus de désarmement et organiser les élections.
Notre premier ministre, Monsieur Soro, s'est rendu à Dakar pour le 11ème sommet de l'Organisation de la Conférence Islamique, dont il est revenu avec un accord de principe de la BID (Banque Islamique de Développement) sur l'organisation de tables rondes pour contribuer au processus de paix.

Je pourrais multiplier les exemples qui établissent une forme de bijection entre « finances » et « élections ». Le blocage (ou le retard pour les plus optimistes) serait-il une simple affaire d'argent?. Financer la réinsertion des anciens combattants, payer les ex-rebelles, régler les factures de SAGEM (responsable technique des élections)...
Les hommes politiques ivoiriens semblent être parvenus à faire adhérer l'opinion ambiante à cette vision fort simplifiée des élections. Nous avons besoin d'argent pour les élections, nous n'en avons pas assez, alors les élections prennent du retard.

Dans ce lamentable discours qui tient plus d'une longue liste de faux prétextes, personne ne dit « nous voulons organiser les élections ». Le voulons nous vraiment?
Il est temps que nos dirigeants se mettent à penser en solutions plutôt qu'en problèmes. Et je continue de croire, peut-être naïvement, que l'argent n'est pas un frein. Lorsque la Côte d'Ivoire annonce de nouveaux pipelines, la création d'une seconde raffinerie, et autres grands chantiers, pense-t-elle aux élections qui apporteront plus de clarté et de légitimité au paysage politique ivoirien? Les moyens existent, mais sans volonté affirmée, ne nous mèneront nulle part.

Un pari éternellement ouvert? Un pari éternellement tenu ouvert? Avec 100 milliards de francs CFA, la Côte d'Ivoire pourrait financer un an d'études a 15000 étudiants en Europe (soit des études complètes à 3000 étudiants) ou acheter près de 10 millions de livres aux écoliers ivoiriens, et multitude d'autres actions du développement qui sont le rôle véritable d'un gouvernement. Gageons que cette colossale somme nous conduira effectivement aux élections. Un gâchis serait impardonnable.

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Commentaires

Agréable à lire, dur à supporter. Merci Poukoi.

Ecrit par : Edgar | 17.03.2008

Bien dit.

Ecrit par : Djé | 19.03.2008