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19.07.2008

Le carat et les pauvres

c7fb1d1157586769dbc1cad13ba15299.jpgSigne que certains ne comprennent toujours pas, le gouvernement ghanéen vient de dépenser la coquette somme de 1.4 millions de dollars pour l'achat de 515 médailles d'or.

La moitié de ces médailles a été distribuée il y a deux semaines à une pléiade de personnalités au Ghana, au cours d'une grande cérémonie. Ces distinctions visent notamment à récompenser des contributions "exceptionnelles" à l'image ou au développement du Ghana.

Les récipiendaires incluent un panel large de personnalités politiques, d'hommes d'affaires et même John Kufuor en personne qui a reçu la plus haute distinction, celle du Grand Ordre de l'Etoile et des Aigles du Ghana (d'une valeur de 65000 dollars)...

"Il s'agit là d'une erreur grave dans le choix des priorités qui constitue une insulte à l'intelligence du peuple ghanéen", souligne Tony Aidoo,un leader d'opposition.

Alors que nous assistons à une crise économique mondiale d'envergure, qui frappe l'Afrique de plein fouet, je m'interroge également sur l'opportunité de telles entreprises. Leur caractère déplacé ne fait que confirmer que les Africains, ont encore beaucoup à apprendre en matière de responsabilité.

Et en Côte d'Ivoire? Le prix de pain va probablement augmenter.

21.05.2008

Afrique du Sud: histoire d'une dualité

371c079c7fa6ab97552170176c84bd71.jpgL'actualité de ces derniers jours nous offre un paradoxe révélateur des ambiances latentes de notre continent.
Une Afrique du Sud qui caracole en tête du classement des universités africaines, mais qui en même temps explore dangereusement les profondeurs abyssales de la dignité humaine.
Alors que l'université du Cap ou encore celle de Prétoria démontrent l'apparente qualité de l'enseignement supérieur de ce pays, les violences xénophobes de Johannesburg s'étendent maintenant jusqu'à Durban. 42 personnes sont déjà à déplorer.

De nombreux Sud-Africains accusent les étrangers, dont quelque trois millions de Zimbabwéens de prendre des emplois et d'être à la source de la haute criminalité. La dernière semaine a ainsi été dévastatrice pour les quartiers pauvres de la capitale économique. Meurtres, viols, pillage ont déjà amené 13000 personnes à quitter le pays.

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L'Afrique du Sud porterait-elle deux masques? Celui du modernisme à l'africaine, où l'éducation occupe une place centrale de la société? Celui de la sauvagerie que personne ne lui aurait attribuée il y a quelques temps?

La réponse est simple; il y a bien deux masques, au détail près qu'ils sont portés par deux Afriques du Sud. Celle des élites, classe privilégiée de la société qui a depuis longtemps passé le cap des besoins de bases comme vivre ou survivre. Et celle des laissés-pour-compte, qui n'ont pas reçu le minimum d'éducation nécessaire pour éviter une catastrophe telle que nous l'observons actuellement. Dans les townships, l'air sent le long ressassement d'une grogne qui, enflammée par une minorité d'esprits mal intentionnés, s'est tournée vers les étrangers.

Tout en condamnant les agissements de ces personnes, mais sans vouloir de manière systématique fustiger une situation qui pourrait tout aussi bien se rencontrer chez nous, je veux ici affirmer que ces violents manifestants ne constituent ni la cause, ni la conséquence du problème. Ils sont les symptômes, les signes d'un raz-le-bol qui finira en raz-de-marée si rien n'est fait pour éduquer nos populations.

Evidemment, il est formidable que nos ingénieurs sachent résoudre les équations de Maxwell ou puissent déchiffrer un caryotype. Mais il est en premier lieu nécessaire, vital, que le commun de l'Homme africain reçoive un minimum d'éducation pour vivre dans le respect des autres. Pour une intelligence au service du civisme et du progrès, et non une ignorance glorifiant la violence comme voie de droit.

10.05.2008

Egalité politique des sexes: étude de cas

719a153b9c878a230a5ab7f83ca1deb3.jpgLe nouveau premier ministre italien Silvio Berlusconi s'est récemment amusé de son homologue espagnol, jugeant le gouvernement de celui-ci un peu "trop rose" à son goût.
Alors que l'équipe de Monsieur Zapatero est la première de l'histoire européenne à compter plus de femmes que d'hommes, celle du "flamboyant" italien n'en compte que quatre.


Le débat sur l'égalité des sexes a été très présent au cours des dernières élections générales en Italie. Mais à la lumière des choix faits par le magnat de l'audiovisuel Silvio Berlusconi, concluons que ce sont encore les hommes qui font l'Etat en Italie. Des 21 ministres du gouvernement, seuls 4 sont des femmes, auxquelles n'ont été attibués que des portefeuilles de "second plan".
Notons de plus que ces dernières semblent devoir leur légitimité gouvernementale plus à leur physique qu'à leurs réalisations politique. Ainsi, la ministre pour l'égalité des chances, Mara Carfagna, 32 ans, est une ancienne animatrice sur l'une des télévisions privées appartenant à Berlusconi. Le premier ministre, 71 ans, s'est d'ailleurs fait remarquer en avouant que s'il avait été célibataire, il aurait épousé Mara. Drôle de sortie pour un chef de gouvernement...

A l'apparent machisme de la droite italienne, il serait tentant d'opposer en Espagne une gauche pionnière en matière de présence féminine au sein du nouveau gouvernement, avec une majorité de femmes. Un exemple est Carme Chacon, la jeune (et enceinte de 7 mois) ministre de la Défense.
c03d455b7d2ef6e31cea59625e75c06a.jpg Au-delà de ce qui pourrait paraître un coup marketing pour Monsieur Zapatero, cette évolution sensible a le mérite de ré-ouvrir le débat sur l'égalité des genres, avec une population féminine de plus en plus consciente de sa place en politique et, de manière plus générale, dans les cercles de décision. Ainsi, une prochaine loi imposera en Espagne un minimum de 40% de femmes au sein des conseils d'administration des entreprises.

La compétence doit primer dans la société, mais l'égalité homme/femme ne sera véritablement acquise que lorsque les gouvernements commenceront à l'imposer. Et sur ce plan, l'Espagne apparaît comme un précurseur en Europe. Et chez nous?

21.04.2008

Emmanuel nous apprend…

74be571b356e70bdbaa5d5b19ba086c8.jpgJe me suis récemment replongé dans la lecture de « "Projet de Paix perpétuelle", où le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) s'évertue à énumérer les préceptes fondateurs d'une paix durable, d'une paix perpétuelle. Il y analyse notamment avec un brio qui me laisse encore sans voix la nature des relations entre Etats, et comment la politique extérieure d'une nation peut porter atteinte à la paix globale.

Je recommande vivement ce traité philosophique qui se caractérise définitivement par son caractère intemporel; Kant examine avec tellement de minutie l’Homme dans son aspect le plus général (mais collectif) que ses conclusions gardent une fraîcheur contemporaine d’une fabuleuse intensité.

Contrairement à Thomas Hobbes qui ne veut considérer une forme de paix entre Etats (selon lui, la loi ne peut unifier qu'un Etat; vouloir régler des rapports entre Nations revient à limiter la liberté des Etats), et au-delà de la pensée de Jean Jacques Rousseau qui reconnaît la nécessité d'organiser les relations entre Etats sans évoquer une quelconque mise en œuvre, Emmanuel Kant,lui, s'appuie sur la raison moralement législatrice pour condamner la guerre comme voie de droit.

Je vous propose quelques extraits qui, vous le verrez, ne devraient pas laisser un ivoirien sans arrières pensées…

"Aucun traité de paix ne peut être respecté si l'on y réserve secrètement quelque sujet de recommencer la guerre".

"Aucun Etat (petit ou grand) ne peut être acquis par voie d'héritage, d'échange, d'achat ou de donation".

"Les armées permanentes doivent entièrement disparaître avec le temps" parce qu'elles sont à l'origine, du fait de leur entretien même, de la tentation de recommencer toujours la guerre.

"Aucun Etat ne doit s'immiscer de force dans la constitution ou le gouvernement d'un autre Etat".

Ces fondements garderont leur vérité (et probablement leur nécessité) encore un certain temps.

23.03.2008

Un huis clos facile à expliquer

Il y a environ un an s’émouvait l’opinion française des généreuses largesses que les députés français s’étaient eux-mêmes accordés, à quelques semaines des élections présidentielles. Le paysage audiovisuel français était alors mystérieusement resté silencieux sur cette choquante actualité. Seuls quelques journaux comme le Canard enchaîné avaient fait la lumière sur la nouvelle indemnité « chômage » des députés.

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Source: www.anci.ci

Je me suis récemment attardé sur la page de notre chère assemblé nationale. Les projets de lois et adoptions ne sont pas forcément à jour. Mais en naviguant un peu au gré d’une curiosité, avouons le, en quête d’irrégularité, ma souris s’est arrêtée sur cette page :

http://www.anci.ci/Deputes/statut.asp

On y apprend la constance des hommes de par les frontières... nos parlementaires se sont également octroyés quelques avantages supplémentaires (statut protocolaire, indemnités de déplacement, d’installation, de session extraordinaire…) qu’il est préférable de vous laisser découvrir par vous-même…

Il n’est pas dérangeant que des statuts soient revus ou redéfinis, si ceux-ci sont jugés en décalage avec l’étendue des prérogatives d’une profession. Je n’accuse donc pas sur le fond cette démarche, n’ayant pas suffisamment d’éléments d’appréciation.

Mais poursuivons notre lecture de ce texte qui a valeur de loi, notamment le dernier article, l’article 40 :

« La présente loi, délibérée et votée à huis clos, conformément aux dispositions de l'article 64 alinéa 2 de la Constitution, n'est pas soumise à la publication au Journal Officiel de la République de Côte d'Ivoire. »

Evidemment, un voile pudique a arbitrairement été jeté sur cette loi qui était peut-être en décalage avec le quotidien du peuple de Côte d'Ivoire. La transparence des institutions n’est pas véritablement enfreinte puisque l’Assemblée semble pouvoir décider de la publication officielle d’une loi.

Parions que, fait exceptionnel, cette loi a été votée à l’unanimité. Un huis clos donc facile à expliquer.

Source: Document original

16.01.2008

Le respect en perdition

03c6819c6b9ba34130e461e77cd51535.gifTitulaire d'un permis ivoirien, j'ai le "bonheur" de devoir le refaire en Allemagne, notre permis n'y étant pas reconnu.

J'en suis encore aux cours théoriques, et je suis spectateur privilégié de la jeunesse occidentale.
Si j'écris cette note, c'est parce que j'ai été témoin d'un évènement pour le moins singulier. Certains trouveront probablement les faits tout à fait normaux, mais je me considère encore de la "vieille école", malgré mes jeunes 25 ans.

Imaginez-vous des adolescents allumant leurs cigarettes sous la table de salle de classe et fumant clandestinement sans aucun scrupule !!

Au risque de me faire traiter de tous les noms, j'ai demandé à ces jeunes gens d'éteindre immédiatement leur cigarette; ce qu'ils ont fait après hésitation, les visages pleins de mépris.

L'exemple est je crois assez représentatif de la jeunesse occidentale, une jeunesse qui a de moins en moins de repères ou de valeurs. La génération portable et lecteur mp3, celle qui ne finit pas son assiette et possède un compte en banque avant d'avoir appris à lire.
Un problème d'éducation ? Certainement. A l'heure de l'enfant surprotégé, à l'heure de l'efficace perversion orchestrée par les médias, l'encadrement de la jeunesse devrait être encore plus soutenu. Mais les modèles familiaux se sont effrités au cours des dernières décennies et l'individualisme est devenu une sorte de température ambiante.

La notion de respect se perd, et avec elle une forme de cohésion sociale dont elle était un des ciments essentiels. Nous assistons lentement au règne de la médiocrité, pour emprunter les termes chers à un de nos responsables politiques ivoiriens.

J'ai dit occident? Evidemment, l'Afrique n'est pas épargnée. Les effets pourraient être encore plus désastreux, dans la mesure où nous sommes encore en voie de développement. L'éducation m'apparaît être la seule issue. Une éducation à tous les niveaux: en famille, à l'école, en société. Restaurer le respect de soi-même, et celui d'autrui, voici deux pré-requis pour une société saine, une société qui progresse.

La culture africaine, avec l'importance qu'elle accorde à la famille, est un atout majeur à utiliser... à bon escient. Car elle présente également des freins sur lesquels je reviendrai peut-être une autre fois.

Bref, on apprend beaucoup de choses en allant à l'auto-école. Des jeunes gens qui apprennent à conduire, mais qui se conduisent si mal.

Cultivons notre autonomie, tout en respectant les autres.