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21.07.2008

Et dans l'autre poche?

056213a66b6785312a1100baee6c250f.jpgDimanche, un conseil des ministres extraordinaire a annoncé la réduction de moitié des salaires de base des membres du gouvernement de Côte d'Ivoire.
A quelle fin? Contribuer à alléger les déséquilibres budgétaires pour mieux faire face à la crise énergétique et notamment l'augmentation du prix du carburant (et par voie de fait, des denrées alimentaires).
Saluons la démarche sur la forme, mais interrogeons-nous sur le fond.
Car nous sommes en droit de nous demander si cette revue à la baisse des émoluments gouvernementaux aura un quelconque effet sur la crise actuelle. Un ministre d'Etat gagnait environ 6 millions de franc cfa, un ministre 5 millions et un minsitre délégué 4 millions (arrondi au million supérieur). Monsieur Soro lui empochait mensuellement environ 8 millions, tandis que nos présidents d'institutions (conseils, assemblées, etc...) 7 millions.

Au risque de morigéner une fois de plus nos responsables, j'affirme que l'effet de manche recherché par cette annonce ne doit pas nous détourner des problèmes profonds de l'Etat. Certes, en plus de diviser les salaires de nos ministres, une action de fond sur la réduction du train de vie de l'Etat a été évoquée. Et bien je crois que c'est surtout là que des sommes colossales peuvent être économisées. Nous avons des conseils qui, pour ainsi dire, ne servent pas à grand chose et sont plutôt des clubs d'anciens à honorer. La distribution pléthorique de conseillers spéciaux à la présidence, à la primature et dans les ministères plomble littéralement le budget de l'Etat, et cela pour un rendement que j'ose questionner.

Le gouvernement se munit également de "gadgets marketing" comme le CICG qui, avec tout le respect qu'on leur doit car leur mission sert la démocratie, ne peuvent raisonnablement constituer des priorités dans un contexte, d'abord de guerre, puis de crise politique et économique.

Quid des budgets de souveraineté? Une des caisses les plus opaques de la République sera-t-elle également mise à contribution?

Une autre source possible de fonds, qui cependant s'inscrit plus sur le long terme, est la revue intégrale de tous les contrats signés entre la Côte d'IVoire et de grandes sociétés industrielles transcontinentales; dans le secteur des télécoms (par exemple dans la rémunération totale des licences d'exploitation), de l'énergie (un contrat en "or" pour le groupe B., mais suicidaire pour notre pays) et des mines. En matière d'économie des réseaux, les sommes mises en jeu sont telles que la Côte d'Ivoire ne peut se permettre de perpétuer des arrangements élaborés par Monsieur Arbitraire et Madame Corruption.

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En Côte d'Ivoire, nous sommes tellement riches que nous éclairons même la journée (photo prise à 11h du matin, lors d'un séjour dans l'Agnéby)


Quelle crédibilité peut-on accorder à la République lorsque la Côte d'Ivoire s'offre des élections de luxe, plus précisément de marque SAGEM, alors que notre pays est muni d'institutions compétentes qui auraient elles-mêmes pu mener la préparation et l'organisation des scrutins, pour un coût moindre.

Pour finir, en étant extrême, le manque criant d'hôpitaux ou d'écoles, d'universités ou de logements, et d'infrastructures sociales de tout genre sont des difficultés que notre pays connaît depuis bien longtemps... ne méritaient-elles pas également un plan budgétaire de rigueur? Il aura fallu attendre la crise pétrolière, crise mondiale pour avoir quelques idées constructives.

Pour résumer, quelques propositions au gouvenement de la Côte d'Ivoire:
- gel provisoire du service de la dette internationale (notamment aux institutions de Bretton Woods)
- requête de récupération de fonds "souverains", prélevés dans les comptes d'opérations ivoiriens hébergés (et/ou bloqués?) par le Trésor Public français (lire mon article sur les Comptes d'Opérations)...
- réduction du nombre de ministres
- réduction du Budget présidentiel de Souveraineté
- renégociation (à l'Assemblée Nationale cette fois-ci) des contrats de l'Energie électrique, des Mines, et des Télécoms
- réduction massive du nombre de conseillers au gouvernement
- renégociation des indemnités et privilèges perçus par les administrateurs de sociétés d'Etat
- re évaluation des missions des commissions ou de certaines institutions
- création d'une police financière indépendante et gouvernementale chargée d'auditer tous les organes de l'Etat
- intensifier la rigueur du recouvrement fiscal


Encore une fois, sur la forme, la mesure est "historique"...mais la mesure est-elle valable seulement sous l'ère Gbagbo? Car n'oublions pas que la crise pétrolière ne s'arrêtera pas au lendemain du 30 octobre, date des élections présidentielles (lire Le diapason Conditionnel). Gageons que l'éventuel décret ne sera pas révoqué aussi vite qu'il fut ratifié.