31.08.2008
De l'utilité du Conseil de Sécurité

La récente crise géorgienne met une fois de plus la faiblesse des Nations Unies au coeur du débat. Les diplomates ont passé leur temps à trouver des compromis, à établir des ententes dans ce qui est devenu plus une affaire onusienne qu'une affaire géorgienne. Combien d'heures supplémentaires à essayer de s'accorder sur une résolution avalisant le cessez-le-feu proposé par la France, alors que les étincelles fusent entre les ambassadeurs Vitaly Churkin et son homologue Zalmay Khalilzad, respectivement russe et américain.
Une des principales raisons du blocage résidait dans le droit de véto de la Russie, qui donc, au même titre que la France, la Chine, la Grande Bretagne et les Etats Unis, peut bloquer les décisions du Conseil de Sécurité. Juge et partie, voilà ce que deviennent les gardes de la sécurité mondiale...
Et ce n'est pas la première fois
Pendant ce qu'on appelle la première guerre froide, le Conseil de Sécurité s'est trouvé dans l'impasse parce que les Etats Unis et la Russie "s'opposaient" leur véto. Mais étant donné la régularité croissante avec laquelle le conseil se retrouve paralysé, nous sommes en droit de poser la question de son utilité. L'ONU est chargée de maintenir la sécurité et la paix mondiale, une grande ambition; mais si elle n'est pas en mesure de se prononcer sur le cas de la Géorgie, quelle valeur a-t-elle réellement?
En juillet, la Chine et la Russie ont de leur véto ruiné la tentative des occidentaux d'imposer des sanctions à des membres du gouvernement Zimbabwéens. Des divisions du même type ont accordé au Soudan son mot à dire dans la composition de la force de Paix envoyée au Darfour, et aujourd'hui cette force piétine.

Alors que le droit de véto est devenu pour la Chine et la Russie l'outil par excellence de la politique étrangère, la France et la Grande Bretagne usent de leur fauteuil permanent au Conseil pour compter parmi les grands. Les Etats Unis ne sont pas en reste et ont également recours au véto pour protéger Israël.
Je m'interroge dès lors sur la légitimité d'un conseil qui refléte un ordre mondial approximatif et âgé de 60 ans.
Des discussions ont commencé il y a 14 ans sur la possibilité d'intégrer de nouveaux membres au Conseil, tels que le Japon, l'Inde, le Nigéria ou l'Afrique du Sud. Sans grande surprise, le débat est toujours "ouvert". L'argument souvent avancé étant qu'un trop grand nombre de membres au Conseil de Sécurité augmenterait la probabilité du véto... belle raison!
Pendant ce temps, le Conseil continue de refléter la division entre nations mais aussi de promouvoir ou soutenir le parti-pris dans certaines crises. Rappelons-nous l'ambassadeur Jean-Marc de la Sablière et ses résolutions sur la Côte d'Ivoire...
Sources:
[1] Laura Trevelyan, correspondante BBC à l'ONU
[2] Thierry Tardy, "L'ONU, imparfaite et indispensable"
[3] "La Guernica", tableau de Pablo Picasso affiché dans la salle des délibérations de L'ONU
13:00 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, onu, russie, chine, france, arbitraire, crise